Traverser le voile de la souffrance pour retrouver l’Amour

Il y a parfois dans la vie des moments qui surgissent sans que nous les ayons prévus, des moments qui viennent rompre le fil habituel de nos pensées, de nos habitudes, et qui ouvrent en nous un espace d’incertitude. Ce ne sont pas des idées nouvelles que l’on découvre, ni même des concepts que l’on apprend. Ce sont des prises de conscience qui s’imposent à nous avec une évidence telle qu’elles n’ont pas besoin d’être expliquées, parce qu’elles se vivent directement, intérieurement.

C’est exactement ce qui s’est produit pour moi il y a presque un an an maintenant, au moment de la mort de mon père. Ce n’était pas quelque chose que j’avais anticipé comme un moment de compréhension. Pourtant, dans cet instant très particulier, quelque chose s’est mis en mouvement à l’intérieur de moi.

Lorsque l’on perd une personne qui a compté dans notre vie, il se passe souvent un phénomène assez étonnant. La mémoire ne fonctionne plus de la même manière. Elle ne remonte pas les souvenirs un par un, comme si l’on déroulait un fil. C’est comme si, au contraire, toute l’histoire surgissait d’un seul coup, comme un tableau global, où chaque moment, chaque émotion, chaque relation trouve sa place dans un ensemble plus vaste.

Et dans cet instant-là, j’ai compris.

J’ai compris une chose que, pourtant, je connaissais déjà en théorie, que j’avais déjà entendue, que j’avais même déjà parfois perçue dans certaines expériences de méditations ou de vie. Mais cette fois, ce n’était pas une idée. C’était une évidence intérieure, une vision directe.

J’ai compris que, derrière la souffrance, derrière les blessures, derrière la violence qui avait marqué ma relation avec lui, il y avait toujours eu de l’amour.

Une relation marquée par la violence… et pourtant habitée par l’amour

Dire que la relation avec mon père a été simple serait faux. Elle a été, je crois, la relation la plus difficile de toute ma vie. Il y a eu du rejet, de la violence, des incompréhensions profondes. Il y a eu des moments où je me suis senti blessé, rejeté, incompris, mais surtout, j’étais terrorisé et constamment en hypervigilance et pendant longtemps, j’ai porté en moi de la rancœur, de l’amertume, et même de la haine.

À certains moments de ma vie, la question qui revenait était simple, mais brutale : où est l’amour dans tout cela ? Adolescent, je me disais même que j’avais appris la haine avant l’amour. Parce que, lorsque l’on vit des situations de conflit, lorsque l’on traverse des relations marquées par la violence ou la douleur, ce que l’on perçoit, ce que l’on retient, c’est précisément cette souffrance. C’est elle qui prend toute la place. C’est elle qui colore la relation.

Et pendant des années, je ne voyais que cela. Je ne pouvais pas voir autre chose, et tout ce qui m’était donné à vivre semblait aller dans ce sens.

Et pourtant, avec le temps, quelque chose a commencé à se transformer, non pas nécessairement dans les événements extérieurs, mais dans ma manière de comprendre. J’ai commencé à percevoir qui il était, à entrevoir son fonctionnement, à sentir qu’au-delà de ce qui était visible, il existait une autre réalité plus silencieuse, plus profonde.

Ce n’était pas encore une évidence, mais c’était déjà une ouverture.

Et puis, il y avait quelque chose de très particulier dans cette relation. Mon père ne parlait pas. Il n’exprimait pas ses émotions avec des mots. Il ne disait pas « je t’aime ». Et pendant longtemps, cela a été vécu comme un manque, comme une absence, comme une impossibilité de recevoir ce que j’attendais.

Mais avec le recul, et surtout avec cette prise de conscience que j’ai vécue au moment de sa mort, j’ai compris que ce silence portait en lui autre chose.

Dans mon histoire, mon père m’avait adopté. Mon père biologique, lui, ne m’avait jamais reconnu. Et pourtant, cet homme avec qui j’ai vécu des relations difficiles n’a jamais, à aucun moment, remis en question le fait que j’étais son fils. Il n’y a jamais eu un mot, une phrase, une hésitation, qui vienne créer une incertitude sur ce point.

Et c’est précisément cela que je n’avais pas vu.

Parce qu’il n’a pas posé de mots, parce qu’il n’a pas expliqué, parce qu’il n’a pas exprimé comme j’aurais pu l’attendre, je n’ai pas reconnu que là, dans cette posture silencieuse, il y avait un témoignage d’amour extrêmement fort.

Et lorsque j’ai compris cela, tout s’est réorganisé.

La souffrance comme voile : ce que l’on voit n’est pas tout

Cette prise de conscience m’a amené à voir quelque chose de beaucoup plus large que ma propre histoire. Elle m’a permis de comprendre que ce que nous vivons dans nos relations n’est jamais uniquement ce que nous voyons.

Les émotions que nous percevons — la colère, la violence, le rejet, la douleur — sont comme des voiles. Elles sont la première couche de la relation. Elles s’imposent à nous, elles nous touchent, elles nous traversent, et elles donnent l’impression que la relation se résume à cela.

Mais en réalité, elles cachent quelque chose.

Comme un vêtement cache le corps sans le faire disparaître, la souffrance cache l’amour sans pour autant le supprimer. L’amour est toujours là, mais il est recouvert, voilé, dissimulé sous des couches d’émotions, de réactions, de blessures.

Et tant que l’on ne prend pas conscience de cela, tant que l’on reste fixé sur la surface, il devient impossible de voir autre chose.

C’est à cet endroit que tout commence.

Le cercle des émotions : pourquoi nous restons bloqués

Ce qui rend cette démarche difficile, c’est que les émotions ne sont pas seulement observées, elles sont vécues. Lorsqu’une personne en face de nous exprime de la colère, cela ne reste pas à l’extérieur. Cela vient activer en nous, comme dans un miroir, les mêmes émotions (cf. les neurones miroirs).

Il y a comme une transmission immédiate, une résonance intérieure, où l’émotion de l’autre réveille la nôtre. Et à partir de ce moment-là, nous ne sommes plus simplement témoins de la situation, nous sommes impliqués, engagés émotionnellement.

C’est ce qui crée ces réactions en chaîne, ces conflits qui se nourrissent d’eux-mêmes, où chacun répond à l’émotion de l’autre par une émotion similaire.

Et c’est précisément là que tout peut changer.

Parce que si l’on reste dans cette logique, si l’on répond à la colère par la colère, à la blessure par la blessure, on alimente le voile. On renforce alors la souffrance, ce qui cache la réalité plus profonde.

Traverser le voile, c’est donc faire un choix intérieur différent.

Traverser le voile : un acte volontaire

Traverser la souffrance ne signifie pas nier ce que l’on ressent. Cela ne signifie pas faire comme si rien ne se passait. Au contraire.

Cela signifie sentir l’émotion, reconnaître ce qui se passe à l’intérieur de soi, pourtant ne pas s’arrêter là.

Il y a un moment très précis où l’on peut choisir de ne pas rester accroché à la blessure. Un moment où l’on peut décider de ne pas nourrir la réaction, de ne pas s’y identifier complètement.

Et à cet instant, on peut orienter notre regard autrement.

On peut choisir de regarder au-delà de ce qui nous est donné à voir.

Se dire, intérieurement, que ce qui se manifeste — aussi difficile que cela puisse être — n’est pas toute la réalité.

Que derrière ce qui est perçu comme une agression, il existe quelque chose de plus profond.

Voir l’amour là où il ne se montre pas

Il y a une phrase que l’on peut dire simplement, mais qui est extrêmement puissante lorsqu’on commence à la vivre réellement :

« Si quelqu’un est en colère contre moi, c’est qu’il tient à moi. Parce que si je ne comptais pas, il ne serait pas en colère ».

Pas de réaction.
Pas d’émotion.
Pas de lien.

La présence même de l’émotion indique qu’il y a une relation.

Et derrière cette relation, il y a forcément quelque chose qui relie.

Et ce quelque chose, précisément, c’est l’amour.

Pas un amour exprimé correctement, pas un amour reconnu, pas un amour apaisé. Mais un amour voilé, déformé, blessé, mal exprimé, qui passe à travers des réactions émotionnelles qui le cachent.

Lorsque l’on commence à voir cela, quelque chose se transforme.

Un chemin qui demande du courage

Je ne vais pas dire que c’est facile. Ce ne l’est pas. C’est même probablement une des choses les plus difficiles que nous ayons à faire.

Parce que cela demande de rester présent lorsque l’on a envie de fuir.
Cela demande de sentir lorsque l’on a envie de se protéger.
Cela demande de regarder au-delà lorsque tout en nous voudrait rester dans la réaction et la violence en retour.

C’est le véritable courage.

Un acte intérieur où l’on accepte de traverser, de ne pas s’arrêter à la surface.

Et cela ne fonctionne pas une fois pour toutes, comme si on voulait s’en débarrasser.

C’est une pratique. Un entraînement et une répétition.

L’alchimie des émotions

Ce chemin est une forme d’alchimie. Les émotions que nous vivons, aussi lourdes, aussi douloureuses soient-elles, sont comme une matière brute.

Et notre travail consiste à transformer cette matière.

À ne pas la rejeter, à ne pas la nier, mais à la traverser pour en révéler l’essence.

Comme si, derrière chaque émotion, il existait une possibilité de transformation.

Une ouverture.

Une lumière.

Bonus : une pratique pour expérimenter

La première chose à faire, c’est de prendre conscience que la souffrance est un voile.

Ensuite, face à une situation difficile, face à une agression ou à une colère de l’autre, il va s’agir de ne pas rester accroché à l’émotion qui s’active en nous.

L’émotion va être là, c’est normal, c’est humain. Mais le travail, c’est de la traverser.

De ne pas s’arrêter dedans.

Et en même temps, de volontairement orienter son regard vers ce qui se trouve derrière ce voile.

Même si on ne le voit pas encore, même si on ne le ressent pas encore, se dire intérieurement qu’il y a de l’amour de l’autre côté.

Et en restant avec cette intention, en traversant régulièrement cette expérience dans les relations, petit à petit, quelque chose va changer.

On va commencer à voir autrement.

À ressentir autrement.

Et à percevoir l’amour là où, auparavant, on ne voyait que la blessure. 

C’est un appel de la Conscience au-delà du voile et une invitation à vivre l’Amour Vrai dans nos vies.

De tout Cœur,

Patrice

Pour aller plus loin

🎥 Découvrir la vidéo Comment traverser le voile de la souffrance sur notre chaîne YouTube : Ici

🎓 S’inscrire à une formation : Ici

💬 Suivre sur Facebook : Ici