Il y a parfois dans la vie des moments qui surgissent sans que nous les ayons prévus, des moments qui viennent rompre le fil habituel de nos pensées, de nos habitudes, et qui ouvrent en nous un espace d’incertitude. Ce ne sont pas des idées nouvelles que l’on découvre, ni même des concepts que l’on apprend. Ce sont des prises de conscience qui s’imposent à nous avec une évidence telle qu’elles n’ont pas besoin d’être expliquées, parce qu’elles se vivent directement, intérieurement.
C’est exactement ce qui s’est produit pour moi il y a presque un an an maintenant, au moment de la mort de mon père. Ce n’était pas quelque chose que j’avais anticipé comme un moment de compréhension. Pourtant, dans cet instant très particulier, quelque chose s’est mis en mouvement à l’intérieur de moi.
Lorsque l’on perd une personne qui a compté dans notre vie, il se passe souvent un phénomène assez étonnant. La mémoire ne fonctionne plus de la même manière. Elle ne remonte pas les souvenirs un par un, comme si l’on déroulait un fil. C’est comme si, au contraire, toute l’histoire surgissait d’un seul coup, comme un tableau global, où chaque moment, chaque émotion, chaque relation trouve sa place dans un ensemble plus vaste.
Et dans cet instant-là, j’ai compris.
J’ai compris une chose que, pourtant, je connaissais déjà en théorie, que j’avais déjà entendue, que j’avais même déjà parfois perçue dans certaines expériences de méditations ou de vie. Mais cette fois, ce n’était pas une idée. C’était une évidence intérieure, une vision directe.
J’ai compris que, derrière la souffrance, derrière les blessures, derrière la violence qui avait marqué ma relation avec lui, il y avait toujours eu de l’amour.
